La radio danse avec les tendances

Publié dans Info Presse

Depuis le lancement de la radio numérique à Montréal en novembre dernier, le tiers de la population canadienne peut théoriquement profiter d'un confort d'écoute équivalent au CD audio. Chacun devra d'abord acquérir un récepteur adéquat et ce changement est étroitement lié au renouvellement du parc automobile des consommateurs. Le DAB (Digital Audio Broadcasting) vise en effet à améliorer les conditions d'écoute des automobilistes.

Cet aspect n'est toutefois que l'arbre qui cache la forêt. Si lon compare cette technologie de diffusion à un tuyau, il faut savoir qu’il est beaucoup plus gros que la technologie téléphonique sans fil. Quant au satellite, à moins d'installer une grande coupole sur le toit d'une voiture, il ne fait pas le poids. C'est cette dimension qui offre à la radio et ses partenaires une perspective de transmission de données très élevée. Avec ce potentiel aux limites lointaines, la radio se déploiera dans la production de contenus qui lui étaient traditionnellement interdits jusqu'à maintenant. Le texte, les images qui bougent, les données associées à l'ordinateur de bord ou au système de navigation ainsi que le commerce en ligne sont tous à l'ordre du jour.

Prévu pour cette année!

Ce n'est pas parce que leurs tuyaux sont plus petits que les autres joueurs ne bougent pas. Ainsi Sirius offrira cette année aux automobilistes américains la possibilité de capter 100 chaînes audio grâce à une petite parabole logée à l’arrière du parasoleil pour 10$ par mois. De la radio satellite pour tous les goûts et sans publicité!

Kerbango quant à elle prévoit la sortie de son récepteur radio Internet au printemps. Le prototype que cette entreprise de Silicone Valley nous a présenté récemment à Santa Clara est fascinant. D'abord parce que ce poste radio capte uniquement les radios qui émettent sur le web et ensuite parce qu'il ressemble comme deux gouttes d'eau à un récepteur traditionnel. Il a été désigné pour la maison et le bureau.

La différence qui émerge.

Nous accordons beaucoup d'importance à la technologie mais la radio évolue à bien d'autres égards. Elle n'a d'ailleurs pas le choix. Les robinets à musique célestes, par exemple pourraient éliminer les radios qui se comportent comme des juke-box. Ces offres satellites beaucoup plus diversifiées feront le travail à merveille.

Alors qui fera la différence? Les animateurs (trices), les journalistes et les producteurs(trices) bien sûr! Ce sont eux les responsables de la création des contenus. Le sujet est aérien, abstrait mais il est vital. Prenez l'animation : qui se doute du travail sur la mise en scène, le processus créatif et sur l'évolution de la gestion du changement. L'animation virtuelle dans des espaces hi teck arrive. La spontanéité est enrichie d'archives sonores, l'animateur du 5ème élément existe!

Et puis, il y a la programmation musicale!

Qu'un artiste chéri par la population insulte la radio en la réduisant à sa plus simple expression mathématique et que la radio se défende maladroitement en plaidant sa psychorigidité en faveur des consommateurs ne prouve rien. Après tout, les multinationales de l'industrie du disque (qui d'ailleurs se comptent sur les doigts de la main) refusent 80% des artistes qui souhaitent enregistrer un disque. MP3.com à San Diego a ainsi récupéré 300 000 artistes refusés par lesdites compagnies.

Au Québec, le génie et le courage des producteurs et des artistes d'une industrie subventionnée et l'emprisonnement des radios dans des quotas non pas intellectuellement mais techniquement discutables ne changeront rien à l'inévitable accès vers la diversité de toute la planète radio!

Pourtant le volet musical a évolué en radio et pas seulement pour le pire. La professionnalisation étant ce qu'elle est, les équipes peuvent palper les ambiances, le contour des mélodies et les paroles qui atteignent leur but. Elles évoluent vers une meilleure connaissance de la charge émotive de chaque chanson. On découvre maintenant l'impact des chansons les unes par rapport aux autres, on imagine de nouveaux mélanges. On sait bien que ce n'est pas nécessairement le premier à jouer une chanson qui rend le plus grand service à la population mais la gestion de la pérennité du projet artistique!

Elle s'appellera encore radio.

De son coté, la production en radio recommence à créer de nouvelles impressions psycho-acoustiques et la promotion fait mourir d'envie les spécialistes de l'interactivité qui s'affairent dans l'espace Internet. Bref la radio annonce du nouveau pour les années qui viennent, peu importe la forme qu'elle prendra.

Que vous captiez la radio DAB, satellite ou Internet, qu'un récepteur soit implanté dans le lobe de votre oreille ou intégré dans vos vêtements, dans votre appareil photo ou dans votre four micro-ondes, la radio continuera de vous accompagner, de vous informer, de vous surprendre et de vous amuser. Malgré tout, elle danse avec les tendances, elle se réinvente!

©Guy Banville 2003

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