Les obstacles

(2ème partie)

Pourquoi certains animateurs abandonnent?

Ils n'ont plus d'idées.

Même les plus grands créatifs se demandent régulièrement si les idées viendront à leur faire défaut. Il s'avère que c'est une question stimulante parce que la pensée de pouvoir perdre sa capacité à générer des idées engage à se remettre en marche dans le processus de créativité. Pour être créatif, il faut prendre conscience du processus et développer une habitude méthodique à créer mais les résultats dépendent beaucoup de la motivation. Chez l'animateur qui n'a plus d'idées, c'est souvent le manque de motivation qui est à la source du problème. Si la situation ne change pas, c'est l'abandon en perspective.

Ils n'adhèrent plus à l'orientation de leur radio.

Cela arrive. Si on n'adhère plus ou pas à l'orientation et à l'évolution de son entreprise par conviction profonde, le seul choix véritable est de quitter cette entreprise et cela exige un très grand courage. Mais la vie n'est pas si simple. On ne peut pas quitter parce qu'il faut bien gagner sa vie et que les alternatives ne sont pas fréquentes. Faire un travail auquel on ne croit pas c'est aller droit dans le mur. Je crois personnellement que la non-adhésion est souvent liée à deux facteurs. D'abord, on n'adhère pas à l'orientation parce qu'on ne la comprend pas bien (elle est incomprise lorsqu'elle est floue ou absente). D'autre part, il peut s'agir d'un problème de conviction. On déteste tel genre de musique par exemple, alors on déteste tout le projet ! Des animateurs âgés de 25 ans à qui l'on demande de parler à des auditeurs de 40 ans, c'est normal que cela les interpelle. Un animateur est un animateur et cela ne devrait pas poser de problème. On revient encore aux notions de confiance et de motivation. Si elles sont inexistantes, il y aura abandon.

Ils aimeraient faire un autre métier.

En 1997, au cours d'une convention d'animateurs, un jeune homme a pris la parole pour nous annoncer qu'il abandonnait son poste pour dorénavant agir à titre de maître de cérémonie de soirées et d'événements divers. Il s'est dirigé vers la sortie, nous a jeté un dernier regard et a quitté la salle de réunion. Nous ne l'avons jamais revu. Changer de métier est un acte courageux, ce qui l'est moins, c'est d'y rêver et de ne rien faire.

Ils n'ont aucun projet personnel.

Certains animateurs sont mariés avec leur radio. Les esprits conservateurs trouvent cela très bien. Comme si la dépendance envers ce seul univers pouvait être utile. J'y suis opposé. D'abord parce que vivre dans une bulle ne génère pas d'innovation réelle. Ensuite que cette façon de vivre peut éventuellement ne pas répondre à toutes les aspirations personnelles. On peut très bien avoir des projets personnels et être totalement dévoué à ses tâches professionnelles. Le travail n'est pas une religion, c'est une forme d'épanouissement qui complète la vie personnelle. Le sens de la rupture après le travail mène à l'équilibre. Un jour ou l'autre l'animateur qui n'a d'existence qu'à la radio et pour la radio deviendra frustré et désespéré. Il ne faut pas confondre cette notion avec la passion que l'on peut éprouver pour la radio

Ils se laissent vampiriser par les insatisfaits.

Les éternels insatisfaits habitent la même planète que les animateurs. Leur colonisation est amorcée depuis fort longtemps. Ils sont redoutablement efficaces. Ce ne sont pas des individus solitaires et introvertis. Bien au contraire, ils sont articulés, amusants et parfois très convaincants. Leur principe de base repose sur le fait qu'il y a toujours un mauvais côté des choses, une mauvaise intention quelque part ou un problème qui doit surgir dans toute situation. Ils commencent leurs phrases par « oui mais! » Comme ils déploient beaucoup d'énergie pour entretenir leur état d'esprit, ils pompent l'énergie de leur entourage. Les animateurs n'échappent pas à leur manoeuvre. Certains malheureusement perdent d'une part leur énergie et d'autre part se transforment lentement en éternels insatisfaits et ainsi contribuent à l'augmentation de la colonie des pessimistes qui ont peut-être raison mais qui à long terme n'auront pas autant de plaisir que les optimistes pendant leur carrière.

Ils se plaignent d'un manque d'attention des gens de leur radio.

C'est la plus grande revendication de tous les animateurs du monde entier. Sans essayer de justifier l'évolution du rôle de directeur des programmes vers une augmentation des tâches administratives, ni le fait que certains d'entre eux se lassent de répéter les mêmes choses à un animateur, il me paraît évident que face à ce problème ou à cette réalité, l'animateur doit acquérir une autonomie qui lui permet d'évoluer.

Pourquoi certains animateurs abandonnent?

©Guy Banville 2003

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