Quartoze mythes de la radio


Article publié dans Info Presse

Les mythes sont comme les légendes. Nous ne savons pas vraiment d'où ils viennent. Ils éclatent Par ci, par là comme des petits pétards. La radio n'échappe pas à ces représentations souvent déformées, mais largement partagées.

Mythe 1: Les radios se ressemblent toutes.

Il arrive que deux radios diffusent la même chanson au même moment. En 25 ans, je l'ai constaté une dizaine de fois, au Québec et en France. Personnellement, je trouve cela assez amusant! Utiliser cette microscopique coïncidence pour affirmer que toutes les radios diffusent la même chose est complètement exagéré. Les quotas francophones ont diminué la diversité musicale, mais pas à ce point.

Parmi les éléments qui font la différence, l'ambiance est sans doute la plus déterminante. L'animation, l'habillage sonore, l'interactivité, le ton, le style et le rythme y sont pour beaucoup. Le mélange de ces ingrédients varie d'une station à l'autre. L'ambiance est une articulation aérienne, j'en conviens, mais réelle!

Mythe 2: La radio ne prend pas suffisamment de risques.

Il ne viendrait à personne l'idée de demander à un pilote d'avion de prendre des risques au cours d'un atterrissage. Il y a des risques que personne ne peut imposer à un média dont dépendent des milliers d'emplois. Cela dit, la radio prend certains risques chaque fois qu'elle programme une nouveauté (chanson, animation, contenu, etc.).

Chaque déstabilisation envers l'auditoire est considérée comme un risque. Mais cela n'empêche pas les principales radios dans ce pays d'effectuer régulièrement des changements sur leurs ondes, dont elles n'ont aucune certitude de réussite.

Mythe 3: La radio s'oppose aux quotas de musique francophone.

Les gens de la radio n'ont aucun problème intellectuel avec le principe de protéger l'industrie culturelle d'ici. Ils ne sont donc pas contre. Mais ils sont mal à l'aise. D'abord, parce que l'application des quotas est contraignante pour chaque format. Ensuite, parce qu'ils sont inquiets. À la prochaine crise, quelqu'un pourrait avoir l'idée d'augmenter les quotas, ce qui nous inscrirait parmi les pays où seul le contenu national est permis.

Mythe 4: L'ordinateur crée la programmation musicale.

La radio s'est beaucoup professionnalisée. Elle utilise tous les nouveaux moyens technologiques à sa disposition. De là à croire que des ordinateurs programment la musique des radios... C'est un peu comme si l'on prétendait que les films d'animation de Disney ou de Dreamworks sont conçus par des ordinateurs. Ou que les ordinateurs créent la musique des compositeurs.

Même si l'informatique a augmenté sa puissance d'une prodigieuse manière, les ordinateurs n'en demeurent pas moins des machines idiotes sans l'apport de l'être humain. Les programmateurs de la planète radio utilisent presque tous les mêmes logiciels. Pourtant, les résultats ne sont pas identiques. Le talent de ceux qui décident de l'inventaire musical et qui ajoutent leur sensibilité artistique fait la différence.

Mythe 5: Le taux de répétition des chansons est trop élevé.

À mes débuts, la radio programmait presque tous les nouveaux titres. Le taux de répétition était donc généralement très bas. Aujourd'hui, une radio musicale diffuse environ 200 titres entre 6h et minuit. Imaginons qu'elle en consacre la moitié aux nouveautés avec une liste de 50 chansons. Elle diffusera donc deux fois chaque chanson.

Or, au cours des années 80, on s'est rendu compte que l'auditoire ne pouvait pas entendre toutes ces nouveautés, car les gens n'écoutent en moyenne la radio que deux heures par jour. Les chansons, tout comme les publicités, requièrent une fréquence minimale de passages pour atteindre le public. Le nombre de nouveautés a donc été réduit afin d'augmenter la répétition et, ainsi, atteindre plus efficacement le public. La majorité des radios s'est ralliée à cette réalité.

Mythe 6 : La radio n'encourage pas assez les nouveaux talents.

Les artistes sont des fleurs, les producteurs de disques sont des jardiniers et les radios sont des parfumeurs. Contrairement à ce que l'on croit, la radio adore contribuer au lancement d'un artiste.

Les radios sont tellement sollicitées qu'elles ont appris à dire non à des projets qu'elles ne ressentent pas, sans forcément mettre des gants blancs. On pourrait parfois les qualifier de psychorigides. Elles gagneraient probablement à développer une vision à long terme dans leur évaluation des nouveaux talents. Mais les producteurs, de leur côté, devraient aussi viser davantage le long terme lorsqu'ils poussent les artistes en lesquels ils croient particulièrement.

©Guy Banville 2003

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