CITÉ ROCK DÉTENTE : UN CONCEPT QUI VA BIEN PLUS LOIN QU'UN SLOGAN! 1992
Entrevue de Guy Banville par Danielle Desbiens
Quand CITÉ a décidé, il y a deux ans, de procéder à une réorientation majeure, c'était s'aventurer hors d'une certaine stabilité, ce qui ne se fait jamais sans heurts. Cela demande bien plus qu'un peu de promotion et un slogan.
À la même époque, GUY BANVILLE le directeur de la programmation, sortait d'une année sabbatique où il avait poursuivi ses recherches en radio. Guy avait quitté CKMF « parce que lorsqu'une radio arrive à maturité, il suffit de garder le rythme. Je suis un homme de défi. Moi, j'adore construire, mais quand c'est fini, je m'ennuie!
Je me considère comme un chercheur, un initiateur. Les idées, il faut les manier avec des gants. À Télémédia, ils se sont montrés très réceptifs à mon langage, même si ça pouvait sembler un peu étonnant.»
«À la radio, il faut trouver une identité précise. À partir d'un bon concept on peut bâtir, mais nous sommes en communication et cela signifie qu'il faut que ça repose sur des valeurs. Ainsi, quand j'ai traduit « soft rock » par « rock détente », cela signifiait toute une culture soit les gens très actifs, mais détendus…»
Guy Banville ne croit pas que seules l'énergie et la performance attirent: «La clientèle visée peut se retrouver dans différents secteurs ou groupes d'âge. Mais elle partage, fondamentalement, les mêmes valeurs. Il y en a sept avec lesquelles nous travaillons très fort.»
1- Un besoin de nouveauté, notamment sur le plan musical. «Une musique contemporaine ni agressive ni valium où se retrouve l'influence de notre culture rock.»
2- Un sens de l'originalité. «Cela ne signifie pas nécessairement un choc ou la controverse. C'est dans l'approche, par exemple, plus de subtilité, de nuances.»
3- La protection de l'environnement. «Cela devient un art de vivre, mais aussi un engagement. Ainsi, nous véhiculons la pétition du commandant Cousteau, visant à modifier cinq articles de la Charte des droits, pour une approche plus respectueuse de l'environnement. »
4- Le multi-culturalisme. «Le tiers des gens habitant Montréal sont d'ascendances multiples. Ces cultures enrichissent la nôtre, mais il faut s'y intéresser. Il ne faut pas se leurrer; la radio est un château-fort francophone de la culture traditionnelle. Nous sommes à nous bâtir une équipe. Nous avons aussi développé une relation que je qualifie de frère-soeur avec Europe 2 (132 stations) pour «ouvrir» nos horizons.»
5- Le «sensualisme». «C'est axé sur les cinq sens; c'est plus affectueux, plus intuitif, plus subtil que la sensualité. C'est finalement, faire appel à l 'imagination.»
6- L'ouverture aux autres. «On n'entendait jamais d'auditrice ou d'auditeur en ondes. Cela apporte une dimension humaine plus chaleureuse, où intervient le dialogue au lieu du monologue. Ça nous a fait changer»
7- Les souvenirs. «C'est ne pas renier son passé que se rappeler nos souvenirs. C'est aussi faire place au texte. Dans un format adulte même avec un style très serré où les personnalités ont moins d'espace pour se révéler, on donne par exemple beaucoup de place aux chansons d'amour, à ce qui se dit, pas seulement, ce qui s'entend,»
LA BASE : L'ESPRIT D'ÉQUIPE
C'est de plus en plus à la mode de parler de l'équipe, mais selon Guy Banville : « Pour créer un véritable impact, il faut synchroniser tout le monde. On a des activités internes, un journal. Cela signifie une gestion axée sur le leadership au lieu de l'autorité. Avec les réseaux, c'est tout un défi, mais c'est essentiel.»
Une équipe où se retrouvent cinq animatrices et sept animateurs, ce qui est étonnant car la radio est toujours largement dominée par la présence masculine.
«On ne veut pas capitaliser sur le fait qu'il y a des femmes, mais on ne peut pas transmettre toutes les valeurs actuelles et bien rejoindre les gens avec un groupe de 12, 13 animateurs. L'éclairage n'est pas suffisant; les femmes n'ont pas la même sensibilité, méthodes de travail, etc, et pour atteindre un bon équilibre, il faut des femmes et des hommes.»
Danielle Desbiens Echo Vedettes
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