Portrait de Guy Banville

Nous avons rencontré Guy Banville, celui qui a aidé à mettre sur les rails "La CityRadio de Paris" (réseau France Bleu) et en est devenu son directeur artistique.

Comfm Pro: Est-ce que vous vous souvenez de ce matin de 1974 où vous faites votre entrée dans le monde de la radio en tant que discothécaire à CKAC 73 Montréal ?

G B: Oh oui je m'en rappelle comme si c'était hier, pour deux raisons. D'abord parce que l'homme qui m'a fait confiance à ce moment est décédé, il y a 10 jours [nous sommes le 4 octobre, NDLR]. Il m'est donc difficile de l'oublier et par ailleurs nous avions été associés dans une entreprise. Forcément j'ai pensé à ce jour, où il m'a accueilli et m'a demandé à la veille d'un week-end de faire une programmation type d'une journée de 24 heures pour le lundi suivant. J'avoue que j'étais très jeune et j'écoutais plus du rock progressif or CKAC diffusait plus du Mireille Mathieu. J'ai donc demandé à mes amis de me prêter les disques de leurs parents pour que je puisse les écouter afin que j'essaye d'écrire une programmation musicale type d'une journée de 24 heures. Il faut dire que je n'avais aucune expérience et je me rappelle ne pas avoir fermé l'oeil du week-end pour pouvoir présenter ma programmation à Pierre Robert.

Comfm Pro: Un Pierre Robert, avec qui, vous le rappelez, vous avez fondé une société audiovisuelle?

G B: Oui, ensemble nous avons fondé une compagnie spécialisée dans la production de multi-images. Ca consistait à programmer des projecteurs de diapositives avec un ordinateur. Au Québec, nous étions probablement parmi les premiers à le faire. Nous avions une clientèle corporatiste qui utilisait le 16 mm. Notre technique était beaucoup plus flexible et spectaculaire que le film 16 mm. Depuis ça a été remplacé par la vidéo dans les années 80. Nous avons eu beaucoup de succès avec cette technique qui a donné lieu beaucoup plus tard à une rencontre avec Marcel Béliveau et qui allait déboucher sur Pram, le producteur de « Surprise sur prise ». Mais je dois dire que j'ai décidé d'abandonner ce projet de production et de prendre un congé sabbatique avant de me diriger vers CKMF. Car je crois que suis animé par un tic qui fait qu'au bout d'un certain nombre d'années, j'ai besoin d'expérience, de vivre une période de loup solitaire. J'ai déjà pris quatre congés sabbatiques dans ma carrière (4 x 1 année) et à chaque fois c'était beaucoup de travail. La première fois c'était en 1971. J'ai passé une année dans une chambre noire à explorer toutes les techniques sur la photographie. J'en sortais souvent à minuit. J'avais besoin de cet oxygène et à cet époque, j'avais décidé de ne pas devenir riche, car si je l'avais voulu je serais rester dans cette compagnie.

Comfm Pro: Au Canada, on vous connaît comme étant celui qui a fait le succès de CKMF et de Radio Cité que vous avez transformé en Cité Rock-Détente. Quelle était la clé des deux succès ?

G B: Je crois que la clé, sans fausse modestie, ça a été une chance d'arriver au bon moment, parce que dans les deux cas, les entreprises avaient pris la grande décision de transformer leur radio.

Dans le cas de CKMF, elle avait décidé quelques mois avant mon arrivée de devenir Dance Music, 21h sur 24. Je suis arrivée une fois que cette grande décision a été prise. Souvent c'est ce qui met beaucoup de temps, c'est toujours une époque douloureuse pour les équipes en place. Ca a été la même chose à Cité Rock-Détente qui avait décidé de rajeunir sa programmation. Hormis Montréal, toutes les autres radios de ce réseau fonctionnaient bien.

J'avais été inspiré par une publicité de Cité qui disait à l'époque, « nous ne sommes ni pétale, ni métal ». Mais le problème, elle ne répondait pas à ce positionnement. Alors j'ai eu l'idée de traduire l'expression « soft-rock » par « Rock-Détente ». Ca a été très rapide car c'était au moment où Rock Voisine faisait un tabac. Après la marque « Rock-Détente » est devenue quelque chose de très déclinée avec des émissions, des produits dérivés.

Pour revenir au projet Dance Music, il était plutôt lié à un projet de faire une sorte de Club Med de la radio. C'était plus superficiel comme radio, mais c'était très amusant.

La deuxième clé a été de me dire qu'une radio ne pouvait réussir, que lorsqu'il y avait une synergie d'équipe. Je me suis beaucoup consacré à ce que cet esprit d'équipe soit audible à l'antenne et que le plaisir des équipes s'entende à l'antenne.

 

Expertise